
THE TENTH AVATAR
Wraith of smoke up the slopes of fright
Another tool in your burning blight
Spreadin’, smotherin’, kill your Vishnu strokes
Groping in the dark of your hollow-shaped heart
One more time, I swim through the grime
Abusers of light, you’re the bearers of plight
Antlike Lucifers, billion-headed Shiva
Bring destruction to the disheveled Sita
Medusa adore me, look at me and turn me into stone
One more time, I swim through the grime
Of your spitting supernova-spangled skin of lies
I move in you, trapped in your body
Burning bright, in the whiffs of your stained nights
Jealous, heinous, you would steal Brahma’s empty throne
And shower the world under drizzles of burning ice, come on!
Empty, hollow, hallowed be your shrines of scorn
I’ll come down on you and make you wish you were never born
One more time, I swim through the grime
Of your spitting supernova-spangled skin of lies
I move in you, trapped in your body
Burning bright, in the whiffs of your stained nights
TRADUCTION : La dixième incarnation
Fantôme / trace de fumée montant les côtes de l’effroi
Un autre outil dans ta/votre pestilence de flammes,
Tu étales, tu étouffes, tue tes caresses de Vishnu
Je tâtonne dans l’obscurité de ton cœur en forme de creux
Encore une fois, je nage à travers la saleté
De ta peau de ta mensonges étoilée de supernovas cracheuses
Je me meus en toi, piégé dans ton corps,
Brûle de lumière…
Vous insultez la lumière, vous êtes les porteurs du malheur,
Des Lucifer de fourmilière, Shiva au milliard de têtes,
Venez détruire Sita désespérée
Méduse, regarde-moi, adore-moi et transforme-moi en pierre.
Encore une fois, je rampe à travers la saleté
De ta peau de ta mensonges étoilée de supernovas cracheuses
Je me meus en toi, piégé dans ton corps,
Brûle de lumière…
Jaloux, haineux, vous voudriez voler le trône vide de Brahma
Et noyer le monde sous des crachins de glace en feu
Vides, creux, que vos sanctuaires de mépris soient sanctifiés,
Je vais vous tomber dessus à coups de briques vengeresses
Encore une fois, je chéris la crasse
De ta peau écaillée étoilée de supernovas cracheuses
Je me meus en toi, piégé dans ton corps,
Brûle de lumière, dans les senteurs de ton étroite nuit tachée…
La déesse Yoni a pulvérisé Lingam sous sa pierre circulaire
Tu feras shiva quand je serai mort, à la tête de la triade,
Tu es la dixième incarnation annonçant la fin du monde.
Interprétation
C’est une chanson à plusieurs niveaux de sens. Le narrateur s’adresse à la fois au monde entier, à une fille qu’il aime et hait, et à la force créatrice.
La dixième incarnation, c’est celle de Vishnu, le dieu sauveur dans la religion hindouïste, qui a déjà eu neuf incarnation mortelles (à rapprocher des neuf vies d’un chat, donc d’une chatte, donc voir la suite de l’interprétation). Il est quasiment toujours associé à la triade/trinité qu’il forme avec Shiva, dieu de la reproduction, de la dissolution et de la mort, destructeur, et Brahma, dieu créateur.
Si l’on place au niveau de l’interprétation féminine, les fantômes qui émanent de la « côte effroyable », c’est une MST que le narrateur perçoit dans la partie intime de la demoiselle. D’où « burning blight », « blight » étant une maladie des plantes, qui brûle ici, donc elle peut avoir une gonorrhée, par exemple. Outil se dit « organon » en grec, qui a donné « organe », et l’organe par excellence, c’est le poireau à bonheur. Donc « another tool in your burning blight » peut signifier « je ne suis qu’un sexe de plus dans ta chatte en feu », à prendre au sens de « cette fille collectionne les hommes » ou « elle a la chaude-pisse ». Ca préfigure aussi le thème de la destruction irrémédiablement liée à la création. « Spread » ligne 3 veut aussi dire « écarter les jambes », « smother » veut aussi dire « éteindre un feu en posant quelque chose dessus », donc elle est tellement horrible qu’il suffit qu’elle touche le narrateur pour qu’il débande, et ses caresses de Vishnu, dieu de la préservation, ne servent à rien. Son cœur en forme de creux, c’est son garage à bite, le seul réceptacle de ses sentiments vu qu’elle est incapable d’aimer, et il est tellement grand que le narrateur est obligé d’y aller à tâtons (et le « doigtage » ne contribue pas à la procréation, d’après ce que je me suis laissé dire). Ca continue dans le refrain, vu qu’elle est tellement grande qu’il nage à l’intérieur d’elle, et de sa saleté (« grime » réfère spécifiquement à la saleté qui se dépose sur la peau.) Il finit par être piégé dans son corps, il la hait mais l’aime trop pour s’en séparer. Sa peau ment parce qu’elle attire les hommes par sa beauté mais elle n’a rien d’autre à leur donner si ce n’est les supernovas cracheuses qui recouvrent son corps, en clair, des bubons pleins de pus et autres saletés. « Burning bright » sont le troisième et quatrième mots d’un des plus célèbres poèmes de langue anglaise (« The Tyger », de William Blake), que tout anglophone connaît (ou devrait connaître). Les deux premiers mots sont « tyger, tyger », donc par association psychologique l’auditeur averti la comparera à une tigresse.
Jeu de mot avec lumière et porteur au début du deuxième couplet (Lucifer = « celui qui porte la lumière », en latin). Elle insulte la lumière puisqu’elle vit dans le noir dans sa chambre où elle se fait continuellement visiter, et propage sa maladie, donc elle est porteuse de malheur, se détruisant elle-même : elle est la Sita décomposée. Sita est la femme idéale dans l’hindouisme, et c’est aussi une incarnation de la femme de Vishnu. Méduse est une métaphore pour elle : elle est immonde mais arrive quand même à transformer celui qui la regarde en pierre (à le faire bander, pour parler crûment).
Yoni est l’énergie créatrice divine et représente également la vulve. On la représente traditionnellement comme une pierre circulaire. Lingam est le symbole phallique par excellence, symbole de l’énergie générative divine et adoré comme une représentation de Shiva. Shiva est un dieu hindou, mais c’est également une période de deuil de sept jours dans le judaïsme. Si on l’ajoute à la triade, ça fait dix, d’où la dixième incarnation de Vishnu, qui sera censée annoncer la fin du monde, dans l’hindouisme.
La première ligne veut aussi dire que nos peurs ne sont que de la fumée; la deuxième et la troisième, que chaque individu n’est qu’un outil prenant part à la destruction de la planète, que nous nous reproduisons, nous étalons, pour recouvrir toute la Terre et l’étouffer. « Blight » signifie aussi un quartier d’une ville particulièrement délabré et dégoûtant, donc « burning blight » préfigure la fin du monde, avec des villes en ruines prenant feu (et puis c’est évidemment un jeu de mots avec « burning bright »). La troisième ligne peut aussi être lue “Kill your Vishnu, strokes!”, qui signifie “tuez votre dieu sauveur, espèce d’attaques (cardiaques, cérébrales, etc.)” Les hommes ne sont que des maladies, à rapprocher de « blight ».
La quatrième ligne veut aussi dire que nous sommes tous aveugles et que nous fouillons tous dans notre coeur à la recherche d’une raison de vivre, mais qu’en fin de compte nous sommes tous creux et dépourvus de sentiments.
Le refrain est aussi une référence à l’hindouisme, en ce que le corps est une enveloppe imparfaite qui empêche l’âme de progresser. L’âme du narrateur est donc coincée dans un corps comparé à de la saleté, à un tissu de mensonges vu qu’il est impossible de le contrôler parfaitement et qu’il fait des choses que l’âme ne voudrait pas faire, qui prennent des proportions tellement énormes qu’elles deviennent des supernovas crachant du mépris et semant la destruction sur leur passage – référence au fait qu’on pense plus avec notre poireau à bonheur qu’avec autre chose, et que ça a souvent des conséquences catastrophiques. Ainsi l’âme bouge dans ce corps dans lequel elle est emprisonnée. Le « one more time » du début du refrain fait référence à la réincarnation et au fait qu’à chaque cycle l’âme est de nouveau enfermée dans une enveloppe imparfaite, et ce jusqu’à la dixième incarnation de Vishnu, qui amènera la fin du monde, et donc la fin du cycle des réincarnations, et en quelque sorte la libération avec la mort.
Deuxième couplet : « abusers of light », ce sont ceux qui insultent la lumière, c’est-à-dire ceux qui distordent la réalité, donc qui mentent, et qui ce faisant apportent le malheur (bearers of plight) (je ferai par ailleurs remarquer que « plight » vient du français « pli » et rejoint donc la notion de distorsion évoquée ci-dessus, poil au cul.)
« Antlike » signifie que tous ces gens sont comme des fourmis grouillant partout, donc en gros des hommes, ce qui est rejoint par le milliard de têtes du dieu destructeur, donc la deuxième ligne du deuxième couplet est profondément oxymorique puisque les fourmis sont réputées pour la façon dont elles structurent leur environnement, les hommes sont pas mal au niveau architecture non plus, mais tous sont assimilés à une multitude destructrice. De même, Lucifer le destructeur était à l’origine l’ange favori de Dieu et le porteur de lumière (à rapprocher du Serpent qui apporte le Mal et la destruction en apportant le Savoir à l’Homme, et à rapprocher également de Prométhée, qui apporte à l’Homme le feu, donc la connaissance technologique – ce qui est à rapprocher de l’outil-organe évoqué précédemment – et qui est puni pour cela : attaché à un rocher, il se fait manger le foie par un aigle chaque jour, et chaque jour l’organe repousse, cf. l’idée de cycle de réincarnation qui empêche toujours d’aller de l’avant). De la même façon, Shiva est à la fois le dieu de la destruction et de la reproduction. On rapproche tout ça de Sita, incarnation de la femme parfaite dans la mythologie hindoue, faire évidemment un parallèle avec Eve dans la mythologie chrétienne, détruite à cause de Satan et de la connaissance, puis Méduse dans la mythologie grecque, femme indépendante donc sorcière, la seule Gorgone mortelle, qui a des serpents à la place des cheveux, cf. Satan et aussi l’idée que la beauté est dangereuse, cf. le premier couplet. On peut aussi noter que dans de nombreuses mythologies, dont proto-grecques et proto-indiennes, les Hommes sont créés à partir de pierres. A partir de là, Méduse peut être vue comme une destructrice mais aussi une créatrice et l’instrument d’un retour aux sources ou bien du cycle des réincarnations (à rapprocher également de Yoni, symbole de la vulve - donc de la reproduction et des cycles -, représentée sous la forme d’une pierre circulaire – circulaire donc cycle).
Troisième couplet : les hommes sont jaloux et haineux par nature, et se prennent tous pour Dieu (lequel a laissé son trône vide), mais ils ne savent jamais ce qu’ils veulent (cf. premier couplet), veulent tout et son contraire, d’où la notion de glace brûlante (premier oxymore) qui tombe en petite pluie fine (deuxième oxymore). « empty, hollow » fait écho à « jealous, heinous », et continue le thème de la vacuité abordé dans le premier couplet. On voit ensuite que la bonne opinion que chacun a de soi n’est que du mépris pour les autres protégé dans le temple de la bonne conscience, et que chacun agit comme si ses desiderata étaient sanctifiés, « hallowed » étant très proche de « hollow », et montrant que tout ça, ce n’est que du vent, à rapprocher de « drizzle », « shower », « burning ice » pour évoquer l’idée d’une tempête divine. On peut aussi noter que le vent est souvent associé au souffle de Dieu et à l’inspiration. « To come down on someone like a ton of bricks » est une expression figée qui signifie « tomber sur le dos de quelqu’un avec force », plus ou moins, et qui transforme le crachin de glace brûlante en tempête de briques réclamant vengeance, une version un peu plus rock’n’roll de la pluie de crapauds que Dieu a fait tomber sur les Egyptiens pour se venger. Les briques sont par ailleurs un écho aux pierres, donc cette pluie de pierre repeuplera le monde avec une nouvelle race d’hommes.